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Un conte de ZHUANG ZI Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Un conte de ZHUANG ZI
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Un conte de ZHUANG ZI

Le roi de Tsao était un grand amateur d’escrime. Il invitait de nombreux bretteurs à la cour, et sa porte leur était toujours ouverte. Jour et nuit, le palais résonnait du son des armes s’entre-choquant lors de duels innombrables.
Bien que la liste des décès s’alourdit chaque année de plus de cent noms, le roi ne se lassait jamais d’admirer les combats et les compétitions.
Son fils, le prince prétendant au trône, commençait à s’inquiéter au sujet du passe-temps de son père. Le roi négligeait de plus en plus les affaires du royaume. Le prince décida d’afficher dans toutes les villes et les villages une promesse de récompense à qui arriverait à éloigner son père de son addiction pernicieuse. Une seule personne répondit à cet appel pressant : le vieux maître Zhuang Zi !

Dès le lendemain, le prince fit remettre à Zhuang Zi mille pièces d’or et envoya un messager le quérir, sous bonne escorte … Le vieux maître refusa poliment cette somme extraordinaire en ces mots :
« Le prince veut que je combatte le vice du roi. Si, comme n’importe quel être ordinaire, j’accepte cette somme considérable et que je prononce quelque parole qui déplaise au roi, ma vie sera en grand danger. A quoi me servira alors tout cet argent ?
Si au contraire, je feins d’abonder dans son sens, il risque fort de conserver son habitude néfaste. Vous avez tout intérêt à vous trouver quelqu’un d’autre, en particulier quelqu’un qui aime l’argent et les honneurs, et non un vieux philosophe comme moi ! »
Zhuang Zi ajouta : « Je suis assez bon avec l’épée, mais beaucoup plus maladroit pour flatter un roi. »
Le messager insista pourtant : « Le roi cherche des guerriers au profil bien défini : une tête rasée, des cicatrices apparentes, un regard farouche, et de rudes manières. Le roi n’admire que la force brute. »

Zhuang Zi eut alors une idée : « Si vous voulez que j’approche le roi, il faut que je ressemble à ces individus frustes : les mêmes manières, les mêmes mots grossiers, la même apparence, la même démarche. Alors je pourrai peut-être vous aider, mais sans rétribution, je désire seulement voir si je peux influencer les manières du roi. »
Zhuang Zi fut alors conduit au prince qui l’exorta près du roi. Celui-ci se tenait au milieu de la salle d’armes, l’allure altière, un épée dégainée à la main. Zhuang Zi traversa le hall d’un pas martial et se planta devant le roi sans effectuer les salutations d’usage.

Ce dernier, un peu pris au dépourvu, lui demanda : « Que viens-tu faire ici ? »

Zhuang Zi déclara fièrement : « Majesté, j’ai appris que vous étiez féru d’escrime. Je pense être un expert sans rival dans cet art. Je fais trois pas et je tue un adversaire et ainsi de suite sur des milliers de lieues, personne ne peut m’arrêter .
Ma maîtrise de l’art de l’épée peut se résumer en quelques mots : lorsque l’épée est entre mes mains, mon esprit est d’un calme olympien, mes mouvements ne sont alors que le reflet des circonstances extérieures. »
Ces mots suscitèrent chez le roi un immense intérêt ; celui-ci devint impatient de mettre ce fier combattant à l’épreuve : « Reste dans mon palais. Bientôt tu rencontreras mes meilleurs combattants en combat singulier. »



 
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